Lundi 9 juin 2008
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Ambiance : Skriabin, op. 8 n° 12...
Ouiquènde consacré à un grand ménage à la maison, et à un lavage intégral de la psychè, passablement salie par quelques boues
nauséabondes tombées de l'hyperespace la semaine dernière...
Des feuilles à lire ! Windswept House du bon vieux Père Malachi Martin, SJ, une relecture partielle et revigorante qui me fait comprendre l'admiration acide que lui voue il
zio mio chi è arcivescovo, et accessoirement regretter de n'avoir jamais rencontré en chair et en esprit ce sacré personnage entre Rome et NYC... Du coup, je me suis aussi replongé dans
Parole et Mystère chez Origène du Père Hans Urs von Balthazar : une lecture pour les moments de silence, la nuit. Pour le fun, au petit-déj, je lis le dernier
Maupin, que m'a prêté Bonne Maman : toujours aussi "californien" dans le style qui n'évite pas une certaine préciosité dans les descriptions, mais toujours aussi jubilatoire car magnifiquement
langue de pute !
De la musique ! Du Bach, du Rameau, du Rakhmaninov et du Skriabin... Et
bien des larmes à l'écoute des deux derniers qui m'ont renvoyé dans un passé russe, quand ma grand-mère massacrait magnifiquement sur son Pleyel couleur caramel, dans le salon de musique de
son appart de l'avenue Victor Hugo, des préludes qu'elle accompagnait de déclamations tirées de Pushkin... Samovar en bataille, cigarillos au bec, photos de la famille impériales dans des cadres
d'argent sur le tapis qui couvrait le piano... A chacun sa madeleine...
Des dévédés aussi ! Alien IV et
Starsky & Hutch avec Nico et Raf', samedi soir... Roma de Fellini hier... Peut-être Andrei Rublëv ce soir, à
moins que je ne profite de la rarissime diffusion de THX1138 du Lucas sur Arte !
Des nouvelles ! Père et Mère au téléphone, qui s'inquiètent de mon index
recousu et à qui j'ai malencontreusement lâché un mot sur les "émotions" de la semaine dernière... Du coup, Son Excellence se fait un devoir de reprendre l'attache de ses vieux potes dont
les fils sont coincés dans les Cabinets du Quai ou de l'Hôtel de Rochechouart.
Des nouvelles aussi de
quelques amis lointains aussi : Pierre-Julien qui annonce sa descente de Chicago ; Corinne qui fête aujourd'hui ses ... ans dans le Grand-Duché ; Francesco en partance pour NYC ; Adrien de retour
de Praha...
Enfin Frü !
C'est pas mauvais Frü ! Certes avec du Coca... C'est que du Früit... Donc c'est franchement pas intéressant ! Mais en même temps, vous pouvez admirer l'ecclectisme
de mes lectures périodiques !
Samedi 7 juin 2008
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Cela faisait longtemps que je voulais le revoir...
J'ai enfin reçu le DVD par la poste !
Play Time est sans nul doute l'un des plus beaux films de Tati, à mon sens le meilleur qu'il ait dirigé. Dépassant le lyrisme surréaliste des
Vacances de Monsieur Hulot ou de Mon Oncle, Play
Time se veut une satire d'une société bourgeoise où la modernité citadine volontairement affichée cache mal l'archaïsme des comportements, où la transparence des lieux ne fait que
souligner l'opacité des mentalités.
En vérité, Play Time est un film sur les façades. Dans un Paris moderne - une sorte de quartier de La Défense avant la lettre - l'univers
urbain n'est composé que de murs de verre et d'acier enchâssés de béton. Les intérieurs sont recouverts d'alumium, de plastiques couleur taupe, de faux marbres sombres... Tout n'est que théâtre
et miroir pour laisser la place aux acteurs : les cadres, les passants, les touristes...
Réduits à des stéréotypes mécaniques (PDG, businessman, cadres, vendeurs, etc.), les habitants de cette cité meublent l'espace plus qu'ils ne l'occupent. Ils sont les faire-valoir de la cité
elle-même, interchangeables, sans entrailles, sans âme, sans identité. Ils n'en ont pas besoin ni n'en désirent au demeurant. Ils sont tout à leur fonction... Facticité au sens sartrien.
Dans cet univers où seule la neutralité de façade compte, où l'apparence de sérieux, d'honorabilité, de richesse est la règle, des taches colorées éclaboussent, décalées et impertinentes
dans cet univers où tout est rangé. Les touristes américaines, débarquée d'un Iowa ou d'un Nebraska improbable ; la vieille fleuriste sur le trottoir ; les loulous de banlieue venus rire du
bourgeois ; et Hulot lui-même... Avec eux, on quitte l'apparence pour enfin pénétrer, pour un éclair, dans la profondeur d'une âme.
Avec eux surtout apparaît la vie et le tumulte : le restaurant mondain où chacun se joue la comédie des bonnes moeurs bourgeoises devient club de jazz canaille, puis beuglant, au moment où
Hulot lève le rideau sur les âmes en faisant tomber celui de la décoration...
Peu d'espoir cependant. La fin de Play Time ne laisse aucun doute : après une nuit où tout est parti en folie, la ville et ses façades
reprennent le pouvoir. Les touristes rentrent chez eux, les américaines repartent pour Roissy, le flot urbain reprend son cours. Le terne, le lisse, l'hypocrite redeviennent la loi... Le vent de
la révolution a fait place aux conservatismes les plus frileux, d'autant plus sûrs d'eux-mêmes qu'ils ont pour eux la "modernité" et toutes les apparences de la bonne conscience.
Seules quelques vues en miroir du Paris éternel (une vitre qu'on bouge en la lavant, une porte de verre qui s'entrouvre...) laissent filtrer un air frais. Souvenir du temps de l'impertinence
salvatrice, de la joie simple, de la relation gouailleuse et franche...
Un film plus que prophétique en 1967.
Vendredi 6 juin 2008
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« J'entends Théodecte de l'antichambre ; il grossit sa voix à mesure qu'il s'approche. Le voilà entré : il rit, il
crie, il éclate ; on bouche ses oreilles, c'est un tonnerre. Il n'est pas moins redoutable par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle. Il ne s'apaise et ne revient de ce grand fracas
que pour bredouiller des vanités et des sottises. Il a si peu d'égard au temps, aux personnes, aux bienséances, que chacun a son fait sans qu'il ait eu l'intention de le lui donner ; il n'est pas
encore assis qu'il a, à son insu, désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi, il se met le premier à table et dans la première place ; les femmes sont à sa droite et à sa gauche. Il mange, il
boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois. Il n'a nul discernement des personnes, ni du maître, ni des conviés ; il abuse de la folle déférence que l'on a pour lui. Est-ce lui,
est-ce Euthydème qui donne le repas ? Il rappelle à soi toute l'autorité de la table, et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu'à la lui disputer. Le vin et les viandes
n'ajoutent rien à son caractère. Si l'on joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui perd, et il l'offense ; les rieurs sont pour lui ; il n'y a sorte de fatuités qu'on ne lui passe. Je
cède enfin et je disparais, incapable de souffrir plus longtemps Théodecte, et ceux qui le souffrent. »
La Bruyère, Les Caractères, V-12
Heureusement, il y a Mozart...
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